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Suhaila Salimpour - 2002 - Danse orientale tribale

CD BAL ANAT - Suhaila Salimpour - Danse orientaleCd BAL ANAT - Suhaila Salimpour - Danse Orientale  

Bal Anat - Jamila Salimpour - danse tribale

Jamila Salimpour débuta sa carrière d'artiste à l'àge de 16 ans dans le cirque "Ringling Brothers" comme danseuse acrobatique. Elle étudia la musique et la danse orientale et en 1974 commença à se produire dans des évènements culturels et des clubs de Los Angeles et plus tard de San Francisco ou elle créa le cabaret Bagdag.

Elle commença à enseigner en 1952, développant une méthode unique d'écriture et de terminologie de ses mouvements; Elle a formé une quantité indénombrable d'artistes et de professeurs dans le monde entier et a organisé des stages et des festivals en enseignant souvent avec sa fille Suhaila Salimpour.

En 1969 elle créa la première troupe de danse tribale de la cote Ouest "BAL ANAT" en se produisant avec les 40 membres de la compagnie.  

 

La naissance du "Tribal Style Belly Dance"

"Depuis de nombreuses tribus" ou "les origines de Bal Anat"

par Jamila Salimpour

Lorsque j'ai emménagé à Berkeley en Californie en 1967, il y avait une foule d'étudiants, stimulés par la musique indienne de Ravi Shankar, prêts à regarder et écouter ce qui venait du Moyen-Orient. Les réactions à mon style de danse étaient encourageantes et je voyais comme les étudiants absorbaient les mouvements et les transitions et commençaient à réagir à la musique. Comme ma technique d'enseignement se raffinait à force d'enseigner 4 cours par semaine, les étudiants commencèrent à progresser de plus en plus vite. Trois de mes étudiants adolescents du lycée de Berkeley parlèrent de ce qu'ils apprenaient à leurs petites amies qui elles mêmes en parlèrent à leurs amies. Le résultat de tout cela fut : spontanéité : oui , technique : non . Ils étaient prêts à se produire devant leurs amis mais pas encore devant un public inconnu.

Beaucoup de mes étudiants commencèrent à déserter mes cours du Samedi. J'étais très dépitée lorsque l'un d'eux m'invita à ce qu'ils appelaient la Fête des plaisirs de la Renaissance  (The Renaissance Pleasure Faire) qui devait se passer un Samedi.

Ils m'expliquèrent que c'était une fête artisanale comme un immense cirque en plein air planté au milieu du XVIeme siècle. Il y avait de la nourriture et des divertissements de cette époque avec des apparitions de sa Majesté "La reine Elizabeth" qui distribuait un prix au meilleur artisan exposant à la fête. Jongleurs, magiciens, polichinelles et guignols et tout type de divertissements étaient encouragés. Un attrait était que toute personne venant en costume de cette époque ou autre était admise sans payer. Je fus admise gratuitement car j'étais couverte d'un costume de bédouin du cou aux chevilles.

Le tout Berkeley était présent et bien sûr mes élèves et toutes leurs petites amies en costume de danse orientale. La scène que je découvris en entrant dans la fête était à peine croyable. J'essayais de me frayer un chemin à l'allure d'un escargot ou totalement immobilisée car tous les trois mètres une foule était attroupée devant une danseuse orientale novice se tortillant, totalement abandonnée à son interprétation. Un de mes élèves me reconnut et m'entraîna pour rencontrer l'organisateur de la fête, une femme épuisée et harassée du nom de Carol Le Fleur. Son accueil fut furieux: "Alors vous êtes la professeur de danse orientale responsable de tout cela !!" . Elle tentait de sourire à moitié pour faire passer son message. "Écoutez" me dit-elle désespérément "Vous devez faire quelque chose , ce n'est pas que je n'aime pas la danse orientale mais il y en a vraiment beaucoup trop. Il y en a plein la fête, bloquant le passage, sur les chemins, sur les scènes, descendant des rochers, descendant des arbres .... ils sont partout".  Elle continuait de sourire mais elle était désespérément sérieuse. "Nous n'accepterons pas cela l'année prochaine, cela doit être organisé: seulement sur la scène et limité à trente minutes. Assez c'est assez !!!". Je l'assurais que je l'expliquerais à mes élèves et qu'ils coopèreraient. Je lui remontais le moral et continuais mon chemin pour voir la suite des évènements. 

A cette époque les divertissements n'étaient pas organisés. Il y avait plusieurs petites scènes réparties dans la fête et une grande scène appelée le Ben Johnson. Tout le monde, artiste ou pas pouvait monter sur scène et faire tout ce qu'il voulait. Les organisateurs de la fête avaient demandé "rien de moderne" mais quelques groupes de blue grass ou de jazz se faisaient entendre jusqu'à ce que les organisateurs leur précisent que ce n'était pas dans la bonne époque.

Alors qu'est ce que la danse orientale venait faire dans tout ça ? Qui le savait et qui s'en souciait ? Ce fut en fait un vrai succès populaire renforcé par l'attirance du public pour les costumes de danse orientale. Le niveau des élèves qui dansaient n'était pas très élevé alors je demandais à quelques élèves de niveau avancé de me rejoindre à la fête.

C'est en Septembre 1968 que l'idée de la troupe germa dans mon esprit. Comme nous n'avions pas de musicien cette année là, je jouais des percussions pendant une demi heure de spectacle, pour donner le tempo à chaque élève, assistée par un danseur folklorique qui venait de faire l'acquisition récente d'une derbouka et essayait d'apprendre à en jouer sur scène.

Quel fouillis !  Quelle triste représentation ! Mais personne ne pouvait s'en apercevoir, excepté moi . Je souriais et entraînais tout le monde et le public adorait ça . Je jurais de monter un vrai spectacle pour l'année suivante.

Depuis ces humbles débuts, le noyau de la troupe prenait forme. En cherchant un nom pour la troupe, je voulais honorer la déesse mère : ANAT . Je faisais précéder son nom par le mot BAL qui signifie DANSE en français  .  Soit BAL ANAT , la danse de la déesse mère.

Je savais que le style du cabaret ne conviendrait pas pour cette fête et c'est là que mon expérience dans le monde du cirque m'aida beaucoup. Je créais un spectacle de variétés comme on peut les voir dans un festival arabe ou dans un souk du Moyen Orient.  Le spectacle représentait le style des anciennes danses du Moyen Orient. En plus nous avions deux magiciens, Gilli Gilli d'Égypte et Hassan du Maroc. Nos danseurs acrobates égyptiens étaient aussi souples que leurs prédécesseurs. Nous avions même un professeur grec de mathématiques de l'université de Berkeley qui savait lever une table avec ses dents  tout en balançant Suhaila qui était assise dessus !  

 Notre programme précisait que nous venions de nombreuses tribus .  C'est peut être l'origine de la création du terme "danse tribale".

Les apparats "tribaux" du spectacle grandissaient chaque année. En  1969 nous avons réglé le problème de la musique. J'avais toujours dansé en intérieur avec des instruments de musique électriques. Le problème d'une fête à l'extérieur située au 16ème siècle était que l'organisateur voulait que ce soit authentique et cela signifiait : pas d'électricité, pas de batterie, pas d'amplificateurs. Nous devions retourner à la musique d'origine des tribus. Dans le but de se produire en extérieur je rassemblais le plus possible d'instruments bruyants tels que des cymbalettes de doigt (sagattes), sistrums, tambourins, claquettes en bois, darboukas, mijwiz, tambours beledi et defs.

Tous les musiciens professionnels avec qui j'avais travaillé n'étaient pas intéressés à se lever de bonne heure pour jouer dans la poussière et le pire de tout, sans être payé. Seul Louis Habib, barbier à plein temps et parfois joueur de oud fut volontaire pour jouer juste pour le plaisir. Le oud est un instrument délicat qui était facilement étouffé par le son des tambours . C'était moins le cas avec le mizmar (hautbois égyptien). Après avoir enseigné pendant des années sur du Mizmar enregistré sur des bandes, je décidais d'en acquérir quelques uns et demandais aux artisans de la fête s'ils voulaient bien souffler dans ces instruments. Nous avions toujours des artisans à la fête qui venaient s'asseoir autour de nous. J'essayais de structurer tout cela mais c'était très difficile. Le premier bon et presque oriental joueur de Mizmar fut Ernie Fishbach qui se débrouillait en musique indienne et avait une sensibilité très orientale. Il devint la colonne vertébrale de notre orchestre oriental, enseignant aux enthousiastes qui voulaient bien gonfler leurs joues pour jouer. Il montrait au public une poêle à frire vide dans laquelle il mettait le feu et après l'avoir fait tournoyé deux fois en l'air il faisait apparaître un serpent. Je notais la répulsion et le dégoût du public lorsqu'il remettait l'animal presque inconscient dans un sac jusqu'au prochain spectacle? Ce traitement manquait beaucoup de compassion et je sentais que l'animal pourrait être tué accidentellement, aussi j'insistais pour qu'il me le donne. Mais que faire avec un serpent ? 

J'appris bientôt que tous les serpents n'étaient pas venimeux et qu'ils s'enroulaient tant qu'ils n'avaient pas faim. Personne dans la troupe ne voulait tenir le serpent . Lorsque je suggérais que nous allions ajouter de la variété dans le spectacle , une des réponses était "je ne veux pas être une curiosité !" . Alors je faisais tout : je chantais, dansais sur des verres d'eau tout en tenant un serpent dans la main et en jouant du tambour entre les deux. Je n'avais jamais vu ou travaillé avec un danseur du Moyen-Orient qui utilisait un serpent. Je connaissais seulement des fakirs indiens qui utilisaient des serpents, mais ils ne dansaient jamais avec. La danse du serpent fut mon invention, le point culminant des essais et des erreurs après l'acquisition accidentelle d'un serpent. Je n'ai jamais prétendu dans ces spectacles que le serpent était une coutume des danses du Moyen-Orient.

Il était difficile au début de demander aux filles de porter le costume traditionnel qui souvent les couvrait de la tète au pied car elles préféraient montrer leurs formes. Aussi je portais ce costume et les accompagnais dans leur solo de danse .

L'année suivante je décidais d'ajouter d'autres styles de danse. A l'age de 3 ans, ma fille Suhaila ouvrit le spectacle . J'avais ajouté la danse du verre d'eau balancé . Nous avions un joueur de Nail algérien. La danse Karsilama était une réplique d'une danse folklorique turque.

Plusieurs années auparavant j'avais vu une peinture de Gerome représentant une danseuse de sabre réalisée pendant l'occupation turque. En 1971 j'avais une élève qui dansait avec un véritable sabre turque sur sa tète copiant la peinture. Pour son final elle plantait le sabre dans le plancher de la scène. Je crois que c'était la première fois que la danse du sabre était présentée aux U.S.A. J'avais déjà commencé à créer des chorégraphies de groupe et plus tard j'ai créé une chorégraphie pour un groupe de danseuses de sabre. 

Cette même année je chorégraphiais ma première danse de groupe avec pot dans laquelle trois filles balançaient de grandes gourdes sur leur tète en dansant debout sur la scène. Je m'étais inspiré d'une scène dans un palace tunisien du film "Justine"  d'après un livre de Laurence Durrel. Une trentaine de femmes bédouines dansaient avec des pots sur leur tète devant cinq joueurs de mizmar et un joueur de tabla baladi.

A un moment j'ajoutais une danse indienne katak qui combinait la danse des pieds indienne et arabe. Un grand danseur Katak, Chitras Das, venait récemment de s'installer aux U.S.A et enseignait à l'école de musique Ali Akbar. Quand je le vis danser je décidais que par respect à son génie je ne présenterais jamais un autre danseur Katak tant son talent était grand.

En 1973 je complétais mes recherches sur le rôle des hommes dans la danse orientale et le premier Marocain danseur de plateau fut présenté aux U.S.A. à notre spectacle.

Cette année là, quelques une de mes  élèves souhaitèrent présenter leur propre chorégraphie. La dans turque Karsilama, la danse abdominale et la danse du sabre furent présenter par Rebaba, Khanza et Meta. Ce fut un moment très émouvant pour moi lorsque je commençais à apprécier le travail de mes élèves. Plusieurs élèves quittèrent ensuite la troupe pour créer leur propre troupe .

J'ai entendu plus tard de nombreuses expressions comme : danse tribale de la cote Ouest, tribale de la cote Est  ou Fantaisie Tribale Américaine . J'ai aussi entendu  "police ethnique" , expression que je trouve très amusante. Je ne refuse rien tant que cela reste amusant. La tradition n'est pas statique . Evoluant des salons, des danseurs de rue vers les night club et les théâtres, que ce soit du baladi, du cabaret ou du folklore, la danse orientale continuera à progresser.    

Article paru dans le journal Habibi Vol 3

Jamila Salimpour et Amana : El Cerrito - Berkeley (Californie) Août 2006

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