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Interview réalisé en Juin 2006  par Amana avec l’aide de Aniela Dowmunt pour la traduction

Juin 2006 - Interview de Suhaila Salimpour par Amana et Aniela

Suhaila, Amana et Aniela

Amana : Ta première visite en France  est une révolution pour la danse orientale car on commence à comprendre l’origine musculaire des mouvements. Ces mouvements ont-ils été transmis par ta mère Jamila ?

 Suhaila  Salimpour: Oui, les bases ont été apportées par ma mère et ma contribution a été d’apporter la répartition des muscles.

 A : Pourquoi n’es tu pas venue plus tôt enseigner en Europe ?

 S.S. : Parce que personne ne me l’a demandé ! 

A : Certains professeurs et chorégraphes mondialement connus comme Momo Kadous ont reconnu ton talent. Comment l’as-tu rencontré ?

S.S : Je l’ai rencontré au festival Rakkasah aux USA ou je l’ai vu dansé, il m’a aussi vu dansé et a insisté pour que je vienne en Europe. J’adore ce festival car l’organisateur Shukriya fait venir des artistes du monde entier . Ensuite Momo est venu dans mon studio à San Francisco où il a vu ma façon d’enseigner. Il a lui même travaillé avec mes élèves et a été très surpris . Il m’a dit que « je rendais un immense service à l’Egypte mais eux ne le savent pas encore ».

A : Tu vas mettre la révolution en Europe et bientôt au Caire parce qu’on a compris hier ce que le mot « fusion » signifie. Peux tu nous l’expliquer ?

S.S. : Pour moi cela signifie de prendre les mouvements d’autres danses et de les fusionner avec des mouvements de danse orientale . La fusion ne signifie pas de faire une arabesque ou une pirouette sur de la musique orientale , mais par exemple pour une fusion danse classique - danse orientale c’est de faire des huit avec ses hanches, des shimmys avec son bassin, des rotations de buste ou de bassin , des chameaux avec toute la colonne vertébrale sur des déplacements de base classique comme les pas de bourrée, les pas chassés. 

Dans ma philosophie, pour chaque type de danse le corps doit déjà  avoir une bonne tenue, le plus beau costume ne suffit pas. La fusion c’est de rapprocher ensemble l’orientale, le flamenco, la danse indienne avec des mouvements isolés du bassin.

C’est pour cela que les gens ont parfois du mal à comprendre mes spectacles parce que je ne danse pas pour l’audience, j’exprime la musique à travers mon corps comme je l’entends et je danse pour moi même.

A : Justement, c’est extraordinaire de t’avoir vu dansé hier soir, tu as dansé pour toi, pour moi tu dansais comme un animal : un animal c’est naturel !

SS oui c’est mon instinct naturel. Je crois que plus tu as de technique plus ton âme se sent en sécurité, tu n’es pas un imposteur , tu peux vraiment danser à partir de tes propres moyens.

Je ne prétends pas être Suhaila « LA DANSEUSE ORIENTALE », tu sais, je suis une femme, je suis une danseuse et c’est ma danse, c’est assez simple vraiment. Parfois aux USA les danseuses prennent un nom d’artiste et je comprends cela car les gens ne prendront pas au sérieux Saly du comté d’Orange alors Saly va se faire appeler « Shalama », mais le problème avec cela est que lorsque Saly oublie qu’elle est Shalama et qu’elle pense que Shalama est une autre personne alors l’honnêteté de la femme est perdue parce que la danseuse est la femme et la femme est la danseuse.  Lorsqu’on atteint le niveau 3 de ma technique, comme la guitare d’abord tu dois travailler les muscles de tes doigts et de tes bras et la mémoire de tes muscles avant de pouvoir exprimer un sentiment dans ta musique mais en danse orientale si tu demandes à un professeur ou une danseuse professionnelle combien de temps il s’est formé avant d’enseigner ou de se produire sur scène c’est probablement beaucoup moins de temps qu’un danseur de ballet classique ou qu’un guitariste professionnel. Il faut qu’on relève le niveau, c’est pour cela que j’ai envie de donner tout ce que je sais, je veux élever le niveau de la danse orientale.

A : Justement tu es très généreuse dans ta façon d’enseigner, tu donnes tout et ce qu’il y a d’extraordinaire, nous étions à peu prés 35 stagiaires et toutes les élèves ont été corrigées ce qui est rare dans un stage avec tant d’élèves .

SS : mais ce devrait être la norme. Je ne veux pas que les gens pensent que je suis unique je veux que les gens attendent cela de tous les professeurs. Je ne veux pas que les gens pensent que j’enseigne d’une façon spéciale, ils doivent exiger cela de tous les professeurs. Imagine un professeur de danse classique qui te corrige : est ce unique ? non, c’est son job !

A : Oui, les stagiaires ont beaucoup apprécié.

SS : Je suis contente mais c’est juste le début.

A : Tu dois venir t’installer en Europe plus souvent. Comment penses tu t’y prendre ?

SS : Ma fille Isabella va à l’école alors je peux venir pendant ses vacances scolaires qui durent  6 semaines . Je suis contente parce que je ne savais pas si les gens ici apprécieraient ma technique parce que j’ai commencé la révolution aux USA .

A : Quand ?

SS : J’ai ouvert mon école il y a 10 ans et cela a été une énorme explosion et maintenant de nombreuses danseuses très populaires font des compliments sur la formation qu’elles ont reçu chez moi et de célèbres danseuses de cabaret, de tribal ou d’autres danses commencent à s’intéresser à ma technique, Il n’y a pas de religion , ce n’est pas grave si cela prend encore 10 ans pour amener ma technique en Europe.

A : Il y a 5 niveaux dans ta technique et tu délivres des certificats qui donnent la possibilité d’enseigner ta technique aux personnes qui ont le niveau 5 : c’est génial !

SS : oui, mais c’est fantastique qu’elles arrivent à suivre tout le programme, c’est comme une ceinture noire en karaté. Mon mari, André, qui est médecin et a aussi un deuxième degré en arts martiaux, m’a aidé à structurer ma technique et la chose la plus importante que doivent  comprendre les gens est que je ne délivre pas des certificats de danse orientale, je délivre des certificats sur ma propre technique, je sais qu’avec ma technique je peux améliorer les danseuses et les 5 niveaux n’ont pas besoin d’être tous certifiés , j’ai plusieurs niveaux dans mon école, mais si tu veux suivre un stage spécifique de niveau 2 tu dois d’abord passer le certificat de niveau 1. Le certificat de niveau 5 est délivré aux Master Teacher.

A : Ton école est à San Francisco et tu m’as parlé d’une future école à Las Vegas ?

SS : oui mon école est a Berkeley et la prochaine sera à Las Vegas. Les élèves certifiés de niveau 5 peuvent enseigner ma technique et délivrer eux même des certificats de mon école.

A : Il y avait une danseuse hier soir au studio show qui n’est pas encore très connue : Isabella, 8 ans, c’est vraiment une histoire de famille chez vous !  Est-ce que tu dansais déjà comme elle à 8 ans avec ta maman ?

SS J’ai commencé à 2 ans ! J’ai même des photos, je peux te les envoyer si tu veux ?

 

Suhaila à 6 ans

 

Isabella (8 ans)  - El Cerrito - Berkeley - Aout 2006

A : Les stagiaires viennent de Paris, de province et de l’étranger . As-tu vu une différence par rapport à tes élèves américaines ?

SS : Non , pas au début de ma révolution, il y a le même regard comme une lumière qui s’allume dans les yeux à moitié soulagés et à moitié choqués comme chaque fois que je vais enseigner dans un lieu nouveau et je suis très contente de voir que chaque femme qu’elle soit professionnelle ou amateur a le même respect pour elle et le désir de progresser. Une des stagiaires est venue me voir en pleur après le stage et m’a remercié pour l’avoir aider à retrouver son corps parce qu’avant elle imitait les mouvements de son professeur sans jamais les comprendre et maintenant elle a compris comment contrôler son corps.

A : Il y a un producteur américain qui a fait venir les Bellydance Superstars en France qui sont maintenant très connues grâce a un fort marketing. Quelles sont les danseuses que tu as formées et qui font parties de cette troupe ?

SS : Oh beaucoup qui y sont encore et d’autres qui en sont parties et bien sur presque toutes les danseuses tribales : Rachel Brice, Sharon Kihara, Zoe qui vient d’y entrer, Moria, Aubre des Deserts Roses qui est certifié niveau 2, Kaeshi, Yasmin .  Voilà quelques noms mais il y en a beaucoup d’autres ….

Aubre  - El Cerrito - Berkeley - Aout 2006

A : Il y a des professeurs extrêmement connus dans le monde entier maintenant que tu as eu comme élève : peux tu nous citer des noms ?

SS : Je ne sais plus, donne moi quelques noms ?   

A : par exemple Horacio qui vivait à San Francisco avant de s’installer à Berlin avec Beata.

SS : oh oui , Horacio a étudié avec moi lorsqu’il dansait aux USA et il étudiait même beaucoup. Je pense que c’est le professeur européen le plus connu que j’ai entrainé. Tu sais, ma mère Jamila était la base, la racine et d’autres personnes ont été la première, seconde et troisième génération de Jamila Salimpour comme Carolina de Fat Chance Bellydance , son professeur était Marcha Arthur, elle même formée par ma mère.

A : Les stagiaires ont très envie que tu reviennes l’année prochaine . Est e que Paris t’a plu, as-tu envie de revenir ?

SS : Bien sur, oh oui parce que je trouve fantastique ce que tu as fait ici avec ce studio de danse, les gens ne savent pas comme c’est difficile d’avoir son propre studio . Quand je me produisais en tournée les managers étaient des hommes, les propriétaires étaient des hommes, l’orchestre et le public était majoritairement masculin et je rêvais d’avoir mon propre studio ou je puisse créer un environnement totalement féminin et quand tu as 4 murs qui vibrent de sentiments c’est différent que de louer une heure par ci et une heure par là et c’est très difficile pour les gens de comprendre l’obligation d’avoir son propre studio parce que tu dois communiquer le désir de créer une communauté et c’est pour cela qu’on danse ! pour ce sentiment de communauté et je le trouve vraiment ici dans ton studio.

A : Tu as une famille extraordinaire , on a parlé de Jamila et d’Isabella mais ton mari André t’aide aussi beaucoup ?

SS : Je ne pourrais pas sans lui , je ne suis pas vraiment une femme d’affaires

A : André n’est pas seulement un businessman c’est un homme qui en tant que médecin connaît bien l’anatomie du corps et t’a aidé à connaître les muscles à travailler et à transmettre ton savoir ?

SS : Il est arabo américain et son point de vue sur la danse orientale avant de m’épouser était assez traditionnel.

A : Quelles sont ses origines ?

SS : Palestinienne et syrienne

A et les origines de ton coté ?

SS  Iran, Grèce et Sicile

A Ouaah !!

SS  oui , beaucoup de feu et peu d’eau !

A : une dernière question importante pour terminer : aimes tu le gratin dauphinois ?

SS : c’est quoi ?

A : le plat préfèré de ta belle mère Antoinette (qui était une excellente et très belle danseuse orientale) que mon mari vous a préparé ce soir .

Antoinette

SS : Je suis sur que je vais adorer car la cuisine est délicieuse ici  et Paris est tellement agréable car on peut se promener à pied un peu comme chez moi en Californie.

A : donc au prochain stage du 14 au 17 Juin 2007, tu pourras venir de ton hôtel au studio à vélo avec moi ?

SS : sans problème, j’adorerai.

Suhaila, Isabella et Jamila : une histoire de famille

Jamila Salimpour

Jamila Salimpour et Amana - Spectacle à El Cerrito (Berkeley - Californie) - Aout 2006

Une fois par mois Suhaila organise un spectacle dans un restaurant à El Cerrito où ses élèves et stagiaires peuvent se produire sur scène.