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La danse orientale dans un contexte particulier
1 - Expérience
personnelle
Dans le cadre d'un
bénévolat au centre de soins palliatifs "La Maison" de Gardanne, j'ai eu l'occasion
d'effectuer des spectacles de danse orientale.
Il s'agit d'un
goûter à thème où chacun est invité à participer : patients, familles,
personnels. La fête se déroule
habituellement dans la salle à manger, un peu en retrait du bâtiment
principal.
Durant l'été, nous
avons dansé à l'ombre du patio central, ce qui ajoutait une touche supplémentaire à la
magie orientale. Les cuisiniers
préparent du thé à la menthe et des gâteaux orientaux. Parfois, des
personnes extérieures offrent
les pâtisseries. Nous commençons vers 16h. Nous partageons le goûter
vers 17h puis la fête se
prolonge jusqu'à 18h30-19h, c'est à dire, jusqu'au repas. La fête se
déroule soit en semaine où
tout le personnel peut participer (y compris le personnel administratif
), soit en week-end,
lorsque les familles sont plus disponibles.
Un tel lieu se
prête effectivement plus facilement à l'organisation de fêtes. Mais
c'est avant tout la dynamique de
toute l'équipe qui permet de dépasser les préjugés et offre la
possibilité de faire entrer la vie
artistique dans une structure hospitalière accueillant des malades en
soins palliatifs.
La danse communique
une joie de vivre que la maladie et le contexte hospitalier avait
parfois fait oublier.
On pourrait croire
que la danse orientale est subversive dans un contexte où la sexualité
trouve difficilement sa
place. Il n’en est rien : le don de soi pour autrui en situation de
vulnérabilité est un bien trop
précieux pour que les patients se permettent de l’écorner par un
quelconque regard malsain. Surtout
lorsque ce don confine à la joie et non à la pitié.
La proximité de la
mort aiguise la perception des émotions. Nous citerons un exemple de F.Schott-Bilmann
F.
Schott-Billmann " Le besoin de danser", ed. O. Jacob, 2001.
pour illustrer cette hypothèse. Elle remarque en
effet que les gens dansent
beaucoup pendant
les guerres. L’Europe des années 1920 découvre le rythme des danses
jazz, “ immédiatement
accessible et plaisant ”. L’engouement gagne l’Allemagne. Les autorités berlinoises
limitent la pratique de la danse qu’elles jugent indigne dans le
contexte de l’après guerre. Elles font
poser des affiches avec l’injonction “ Berlin, arrête-toi, reprend-toi.
Ton danseur est ta mort
” apposée sur un squelette. Cela n’empêche bien sûr pas les allemands, vaincus par la
guerre et dans un marasme économique, “ de se laisser fouetter par le
rythme jusqu'à la transe
”.
Il existe aussi
bien sûr de nombreux pays où la joie d’être entraîné par un rythme
provenant de deux bouts de bois
qui s’entrechoquent côtoie la misère la plus profonde.
Il importe aussi
que les patients puissent partager ce moment avec les membres de leur
famille.
Les hommes comme
les femmes profitent de cette occasion pour penser à autre chose qu'à la maladie de leur
proche, et ainsi évacuer une partie de leur stress. Les patients sont
souvent fiers de proposer
cette fête à leur famille. Habituellement, les proches par leurs
visites, amènent un peu de vie de
l'extérieur. Dans ces occasions, l'inverse se produit : ce sont les
patients qui offrent un
divertissement à leur famille dans le cadre de l'institution.
Les soignants
conjuguent à la fois leur pause et un moment durant lequel ils
s'occupent différemment des
patients.
Certains patients
dansent mais la plupart ne peuvent tenir debout. Cela ne les empêche pas
de participer soit par
des mouvements de bras, soit par l'écoute et le regard pour les patients atteints de
troubles neurologiques graves (Sclérose latérale amyotrophique, tumeurs
cérébrales, chorée d'Hungtinton..).
L’émotion agit-elle par le biais de ce que F. Schott-Bilmann nomme l’empathie
kinesthésique ou identification musculaire au danseur ?
“ La musique
s’adresse à tous et appelle le corps à traduire la musique en mouvement… La peau et les
organes internes possèdent des récepteurs sensibles à ses vibrations, en particulier les
percussions. De même que la musique ne passe pas que par l’oreille, le
geste ne concerne pas
seulement l’oeil. Il déclenche dans le corps du spectateur une empathie musculaire, une
identification avec le danseur. Il éveille un monde de sensations kinesthésiques
(Sensibilité des muscles en mouvement)
et coenesthésiques
(Sensibilité
des organes internes) faisant naître une sorte de danse interne invisible qui
le prépare à
recueillir, reproduire, imiter le mouvement
reçu. Imiter, être imité, voir, être vu, le dispositif des danses se
fonde sur cette circularité
d’échanges entre recevoir et donner. ”
La fête relie des
individus entre eux. La musique, l'émotion véhiculées par la danse
permettent de se sentir en
phase avec le groupe, par la participation et l’échange. "L'adhésion
collective au rythme engendre une
vibration partagée"
suggère F.
Schott-Bilmann. Elle cite par la suite l’ethnologue L.
Lévy-Bruhl pour qui “ la danse réactive une expérience fondamentale…être intimement
solidaire du groupe sans se sentir pour autant fondu dans la masse. La
participation n’est pas une
fusion mais une union ”.

La danse fait appel
à l’altérité et l’échange. Le public retransmet aux danseurs le plaisir
ressenti. On ne danse
effectivement pas de la même façon selon que le public participe ou non
au spectacle. La danse est avant
tout la réponse du corps à la musique et à l’énergie communiquée par les spectateurs. Cette
expérience de l’altérité permet de renoncer à soi. La danse n’est pas
admirée pour soi mais pour
l’expérience de mise en commun qu’elle offre.
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